La Grande Mademoiselle

Elle fut sans conteste le plus riche parti de France, la future mariée présumée de la plus célèbre lettre de la marquise de Sévigné*, ..

Vous donnez votre langue aux chiens?

Il s’agit bien évidemment d’Anne Marie Louise d’Orléans, fille de Monsieur, Grand Monsieur, Gaston d’Orléans – frère de Lousi XIII – et de Marie, duchesse de Montpensier, décédée, le 4 juin 1627,  quelques jours après sa naissance, le 29 mai  1627

Orpheline de mère mais rendue richissime par la même occasion, héritant de la fortune des Bourbons et de l’indélicate gestion de Gaston,  l’enfant n’est n’est pas moins délaissée par son père. Heureusement, elle trouve auprès de Marie de Médicis, sa grand-mère, l’affection nécessaire.

Cousine germaine de Louis XIV, elle caresse un temps l’idée d’épouser le futur monarque, de onze ans son cadet;  l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse, lui sera préférée.

Frondeuse, un temps, pour les beaux yeux du Prince de Condé et surtout pallier la défaillance paternelle,  Mademoiselle est envoyée en exil au château de Saint-Fargeau (en Puisaye) , l’une de ses propriétés. Elle y  réside cinq ans,  opère, avec l’aide de François Le Vau – frère de Louis, architecte de Versailles  –  les rénovations nécessaires à un séjour confortable. Dote le château d’une chapelle – elle est pieuse – d’un théâtre et de 70 chambres à feu. Cet ermitage lui vaut  loisirs de lecture, d’écriture – elle entreprend la rédaction de ses célèbres Mémoires – de jeux de salons,  oeuvres charitables , chasse à cour et courses à chevaux. Elle crée une Académie d’équitation

Réintégrée à la Cour en 1657,   elle s’installe au palais d’Orléans – l’actuel Luxembourg,-  affiche un profil assagi – jusqu’au prochain exil en Saint-Fargeau..-   mais tout aussi réfractaire au mariage. Aucun des nombreux prétendants ne trouve grâce à ses yeux.

Il faut attendre l’automne 1669 – elle a 42 ans  – pour qu’un trouble de jeune fille saisisse son esprit. L’heureux élu est un intrigant, Antonin-Nompar de Caumont, alors Marquis de Puyguilhen, prononcé Péguilin et surtout futur comte de Lauzun…  Le courtisan est né en 1633, il est donc de six ans le cadet d’Anne Marie Louise. Séduisant à défaut d’être beau,  il sait jouer du sentiment qu’il suscite avec une habilité extraordinaire, Mademoiselle est sous sa coupe, affichant pour les longues années à venir une candeur inouïe.  Elle tente d’obtenir sa main auprès du Roi son cousin. Lequel se rétracte, sous la pression de son entourage, quelques heures après la lui avoir accordée, en la mi-décembre 1670.

 » Je pleurerai toute ma vie, mais j’espère qu’elle ne durera guère »

Mademoiselle ne se remet pas du chagrin de ce mariage avorté – il paraît assez crédible qu’elle ait épousé le fieffé Lauzun, en secret  – ni de l’emprisonnement  de dix années, à Pignerol que vaut à son aimé une impertinence de lèse-Montespan.  Mademoiselle fait des pieds et des mains pur obtenir sa libération, sous colossale caution – de donations au duc de Maine . Le couple ne survit pas à cette passion unilatérale et se sépare définitivement en mai 1684

Ainsi en va du portrait d’une personne  si ben née, rebelle – à défaut d’être belle –  fougueuse, sincère, singulière et tellement attachante de ce Grand Siècle qu’elle partage avec Marie de Sévigné son amie, d’une année son aînée.

Tracé de la plume alerte et précise de l’historien, le récit est un vrai régal de lecture

Apolline Elter

La Grande Mademoiselle, La tumultueuse cousine de Louis XIV,  Christian Bouyer, essai, Ed. Pygmalion, 2003, 336 pp

  • La fameuse lettre du 15 décembre 1670 adressée à son cousin Coulanges

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