Le Métier de mourir

« Arrête, le Vieux. Qu’on se trouve au Liban,  en Afrique ou en Asie, c’est pareil. Quand on fait la guerre, on vit le temps qu’on doit vivre. Mais on sait très bien que la mort gagne toujours à la fin. »

Le « métier de mourir », c’est la vocation militaire … en temps de guerre.

Celle qui offre paix, dignité, liberté à cette patrie, à ce pays, le Liban, dont les valeurs méritent d’être défendues.

Convoqué dans l’enclave sud-libanaise de Ras-el-Bayada, en ce printemps 1985, le lecteur s’immerge d’emblée dans le décor, pour 52 heures de guet et d’attente torride – le Mercure monte en puissance dès l’aube – d’un événement tragique.

Un check-point y est installé,  qui a pour mission de  filtrer toute entrée en territoire israélien, de  prévenir partant toute attaque du Hezbollah.

A la tête du contingent militaire, Belleface, le « Vieux », colonel retraité de l’armée israélienne.

Un portrait inspiré d’un personnage réel, méconnu de l’Histoire.

Sa dignité en impose, ainsi que son parcours de vie, nimbé de mystère, et son humanité, nourrie des paroles de L’Ecclésiaste et d’extraits qu’il produit à l’envi.

Un dialogue mâle et tonique s’instaure avec Paul Favrier, jeune Français, catholique, de 22 ans, en ce huis-clos ardent, ponctué de tours de garde et d’une vigilance de chaque instant.

Les pans de leurs passés respectifs se dévoilent peu à peu, qui font subtilement évoluer la prudente sympathie initiale en une sorte de relation père-fils et en un processus de transmission corollaire.

Le partage de valeurs essentielles.

Du grand art.

Un roman percutant .Sobre. Emouvant.

Qui apporte paradoxalement un sentiment de paix… sur fond de poudrière.

Apolline Elter

Le Métier de mourir, Jean-René Van der Plaetsen, roman, Ed. Grasset, août 2020, 272 pp

Billet de ferveur

AE :   Le portrait de Belleface – alias Ariel Perlman – est inspiré d’un personnage réel. Pouvez-vous nous préciser comment son histoire est venue à vous ?

Jean-René Van der Plaetsen : Aussi incroyable qu’elle pourra apparaître au lecteur, le récit que je fais de la vie de Belleface est fondé sur une histoire vraie. Cette histoire m’a été contée il y a des années de cela par mon grand-père maternel, l’homme dont j’ai brossé le portrait dans La Nostalgie de l’honneur. Le destin si invraisemblable de cet homme, héros inconnu dont l’Histoire n’a hélas pas retenu le nom, m’a habité pendant des années. Avec Le Métier de mourir, j’ai voulu rendre hommage à cet homme hors du commun, qui figure depuis toujours parmi les héros de mon Panthéon intime. J’espère parvenir à le faire connaître du grand public – ce qui serait le meilleur moyen de le réintégrer dans notre mémoire collective – car je crois sincèrement que sa vie est un modèle de courage et de dignité qui mérite d’être médité.

AE:  Le Liban est tragiquement revenu sur la scène de l’actualité par la catastrophe survenue le 4 août à Beyrouth. C’est un pays que vous avez connu… et aimé ?

Jean-René Van der Plaetsen : Oui. C’est sans conteste le pays que j’aime le plus au monde – après la France, bien sûr. J’ai eu un grand nombre d’amis libanais durant mon adolescence, qui m’ont enseigné presque toutes les subtilités de l’histoire de ce pays. Et, surtout, j’ai été Casque bleu dans la FINUL pendant six mois en 1985. J’ai alors appris à aimer ce pays et ses habitants de façon charnelle et concrète. Malgré toutes les dégradations liées à la guerre civile, le Liban reste une merveille de beauté – une beauté dont j’ai essayé de rendre compte dans ce roman à travers des descriptions presque panthéistes des paysages, des décors, de la lumière et de la chaleur de ce pays. Et, malgré l’exode de tant de Libanais sur tous les continents, ce peuple reste l’un des plus intelligents et attachants qui soient. Que Dieu protège le Liban !

AE: Ce dialogue instauré entre Belleface, un homme sage et mûr de… 58 ans, et Favrier, un jeune Français idéaliste de 22 ans, renvoie-t-il à celui qui pourrait exister entre l’homme que vous êtes devenu et le Casque bleu de l’époque ?

 Jean-René Van der Plaetsen : C’est exactement cela. Belleface a mon âge et Favrier a celui que j’avais lorsque je me suis engagé pour partir comme soldat au Liban. Leur dialogue correspond aux questions que je me pose depuis plus de trente ans. A travers ces deux personnages, j’expose aussi mes convictions sur les raisons pour lesquelles il ne faut pas douter. Car Belleface, à mes yeux, incarne notre condition humaine – une condition humaine douloureuse, mais noble et courageuse face aux épreuves que l’existence sème sur notre chemin.

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