Un jour viendra couleur d’orange

‘Le 21 avril 2002, la défaite de Jospin, et surtout sa fuite, genre Varenne, le soir même de sa déculottée, démerdez-vous les gars, je me casse, avait sans doute marqué le début de la grande colère de Pierre.’

Une colère qui trouve son terrain d’expression quelque seize ans plus tard dans le mouvement de protestation des Gilets Jaunes.

 » Mais la colère fait parfois des coeurs de pierre »

D’autant que  Pierre Delattre n’est pas que colère.  Il est aussi  mal-être intime, conjugal, paternel,  ne sachant gérer la relation avec  Geoffroy,  le fils autiste de treize ans, conçu avec Louise, la femme de sa vie.

Alors Pierre  part en vrille

Tandis que Louise trouve en Geoffroy, le terrain d’expression de son infinie compréhension maternelle, en Aurélien, le patient en fin de vie, celui d’un amour infini.

Et puis, et surtout Geoffroy rencontre la belle, la sublime Djamila, une condisciple de deux ans son aînée,  qui peu à peu,  parvient à apprivoiser ce « petit prince de la logique »

Les enfants vont alors vivre, avec la complicité du vieil et sage Hagop Haytayan,  une histoire d’amour extraordinaire 

De celles qui échappent à la compréhension adulte

Quand l’adulte a tué l’enfant qui a crû en lui ….

Un roman fort, dense à travers lequel  Grégoire Delacourt déploie sa pleine puissance de plume

De tendresse. D’émotion.

Et une bienfaisante palette chromatique 

Ca tombe bien: on en avait besoin.

Aplline Elter 

Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt, roman, Ed. Grasset,  août 2020, 272 pp

Billet de ferveur 

AE :  Ancré sur fond de souffrance et même de sous-France,  celle de ceux qui se sentent relégués lésés par le système, le roman propose d’autres terrains d’action et de sagesse. Ce faisant, il offre une percée résolument optimiste. Notre salut réside-t-il dans  les rêves de l’enfant que nous étions ?

Grégoire Delacourt : Ce qui m’a touché dans cette France que j’évoque dans le livre, c’est cet instant de colère qui la traverse. La colère est un chant d’espoir qui s’exprime avec du déespoir. Cet espoir est beau. Il porte sur des choses humaines. Être considéré. Être reconnu. Être. On a perdu le sens de l’autre parce qu’en grandissant on a, comme vous le suggérez, perdu cette capacité que nous avions, enfant, de nous émerveiller. Les enfants ont beaucoup plus de solutions que les adultes dont la plus importante : l’imagination. « Toutes les grandes personnes ont été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent », disait Saint-Exupéry. Retrouvons qui nous étions. Souvenez-vous. Il nous suffisait de lever la main pour toucher le ciel.

AE :  Geoffroy est un enfant « différent », de ceux qui n’entrent pas dans le système établi ; en revanche, il est un vrai révélateur de belles personnes : Louise,  Djamila, Hagop.

Grégoire Delacourt : C’est « vouloir ressembler » qui est dangereux. Cela mène aux uniformes. Aux pensées dominantes. Aux idéologies. Par contre, lorsqu’on la regarde du bon côté, la différence est toujours un enrichissement. Le métissage agrandit le monde. Ainsi, les personnages que vous évoquez et qui ont un regard bienveillant sur ce qui n’est pas « eux », sur ce qui n’est pas « d’eux », s’en nourrissent. Se mettent à penser que la différence est une chance. La candeur de Geoffroy est comme celle du petit Prince, elle donne envie de se reconnecter au meilleur de soi-même. De se battre pour et non plus contre. C’est épuisant d’être contre.

AE : À quel moment de votre écriture s’est imposée l’idée du titre et  du sublime vers d’Aragon ?

Grégoire Delacourt : Lors de la première lecture, c’est à dire une fois que le livre a été terminé, je l’ai enfin lu d’une traite – ce qui est toujours un moment joyeux et triste à la fois et ce, pour la même raison : c’est fini – et j’ai alors pensé à cette formidable chanson de Jean Ferrat, Ma France, et qui dit Ferrat dit aussi Aragon et les vers d’Un jour, un jour, me sont revenus. Parmi eux, il y avait cette merveille, j’en ai fait le titre de mon roman

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