Trois fois la fin du monde

Arrêté au terme d’un braquage raté, dans lequel il se contentait d’assister son grand frère- sauvagement abattu –  Joseph Kamal connaît  l’enfer concentrationnaire de l’emprisonnement.

Le récit en est atroce.

Les conditions de détention, la  violence de l’arbitraire ont raison de son humanité:

« Ces heures d’après ont trop glacé mon être, elles ont supprimé l’héritage passé, toutes valeurs apprises.
Les hématomes déforment mon visage, chaque pensée me glace davantage, comme si un froid définitif entrait dans mes veines »

Une catastrophe nucléaire va sauver la mise : échappé en zone interdite, Joseph fait l’expérience de la solitude – celle d’un Robinson Crusoé, voire  d’un Petit Prince,   du XXIe siècle   –  dans un monde dépouillé d’humains.

Le citadin entre ainsi en relation avec une nature et  quelques animaux, eux aussi rescapés de la catastrophe, une culture jusqu’alors absente de  sa formation.

«  Alors, avide, curieux, il a cherché sur vos étagères les livres qui donnent les mots. » 

Sorte de conte philosophique au style vif, incisif, décapant, le roman pose la question fondamentale de notre rapport à l’Humanité

Faut-il préférer la solitude absolue à l’enfer de l’enfermement , la violence d’une cohabitation délétère?

On ne sait que choisir….

Ni sortir,  indemne,  de ce genre de lecture

C’est le but, la mission  de la littérature.

Apolline Elter

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry, roman, Ed. Notabilia, août 2018, 240 p., 16 euros.

Billet de faveur

AE: S’il constitue un hommage  à la Nature, votre roman ne prône guère la vie en communauté..

Ce serait pourtant le Paradis, si elle était réussie.

Sophie Divry: 

Ne vous y trompez pas, malgré ce début en prison, sur la violence d’Etat, tout le roman est une sorte de super-métaphore pour amener à cette conclusion : nous avons besoin des autres. Malgré tout, malgré l’enfer des relations sociales, l’injustice, la violence, sans la société nous perdons pied, nous perdons notre humanité. En ce sens mon roman est le contraire de celui de Michel Tournier : la Nature ne sauve pas. Elle est fondamentalement étrangère, elle n’a pas de principes, pas de récit. Elle ne console qu’un temps. Ça n’empêche pas une sorte de communion, ou plutôt une volonté de fusion avec la Nature, mais celle-ci échouera si on lui demande de remplacer la vie en communauté. Car la Nature se fiche bien de l’humanité. Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver, c’est nous. Donc je ne rêve pas de « retour à la nature ». Je rêve que les hommes arrivent à vivre ensemble, libres et égaux. C’est autrement plus difficile que de partir se construire son petit paradis écolo tout seul dans son coin en laissant tomber le destin commun.

 

 

 

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