Le pays des autres

Leïla Slimani était l’invitée d’honneur de la Foire du Livre de Bruxelles, du 5 au 8 mars dernier

            La radieuse écrivaine franco-marocaine apportait, en ses bagages, le magnifique,  chaleureux – tout frais paru, le 5 mars – premier opus de sa trilogie d’inspiration familiale, Le pays des autres

                Je vous invite, de toute instance,  à vous en procurer lecture, par tous moyens physiques et virtuels mis à disposition de votre confinement.

Largement inspiré de la vie de sa grand-mère, française, mariée à un Marocain,  le premier volet de la saga, nous convoque dans une campagne proche de Meknès – une des villes impériales du Maroc  – au lendemain de la Libération.  Mathilde, l’héroïne,  vient d’épouser Amine, soldat libérateur de son Alsace opprimée par la guerre.

L’arrivée en terre marocaine voit  se fracasser tous les rêves et fantasmes exotiques prêtés par la très jeune femme à son nouvel et ténébreux époux.  Ce dernier se prend, par moments,  à douter du bien-fondé de leur union, tant Mathilde paraît étrangère et rétive  aux us ancestraux de son pays d’adoption.

 »  Ce qui le charmait lorsqu’ils étaient encore en Europe se mit à lui peser puis à l’irriter. Mathilde était capricieuse et frivole. Amine lui en voulait de ne pas savoir se montrer plus dure, de ne pas avoir le cuir plus épais. » 

Commence pour le couple un dur apprentissage de la vie de famille, l’affront destructeur du regard  porté par les autochtones sur cette union hybride  et une vie de labeur et de pauvreté en cette ferme isolée dont  Amine vient de reprendre l’exploitation.

Avec, en filigranes, le spectre des mouvements nationalistes et la marche du pays vers son indépendance

Doté d’un souffle romanesque de très haut vol, ce premier volume offre une multitude de points de vue, subtils et nuancés, prodigieusement incarnés, sur cette période-clef des relations franco-marocaines. Une vue de l’intérieur qui nous saisit d’empathie et nous permet de mieux cerner la réalité de l’Histoire

Apolline Elter

Le pays des autres, Leïla Slimani,  roman, Ed. Gallimard, mars 2020,  368 pp

Billet de ferveur 

AE :  Le couple formé par Mathilde et Amine s’inspire de vos grands-parents.  Les avez-vous (bien) connus ? Et dans quelle mesure vous ont-ils raconté leur histoire ?

Leïla Slimani :Bien sûr ! Ils m’ont même en partie élevée. Mon grand père est mort après mon père et ma grand mère est décédée il y a cinq ans. Elle a même connu mon fils ! Ils ont été très importants dans mon éducation, m’ont transmis beaucoup de valeurs et ils m’ont raconté des milliers d’histoires. Mon grand père était assez taiseux mais il racontait quand même des anecdotes sur la guerre. Quant à ma grand mère c’était une conteuse extraordinaire.

AE :  le premier tome se clôt sur l’incendie de maisons de colons , le parti-pris d’Aicha,  fille de Mathilde et Amine.  Avez-vous déjà tracé la chronologie du deuxième volume de la saga et savez-vous quand elle paraîtra ?

 Leïla Slimani:  Je sais que ce deuxième volume se passera dans les années 1970 alors qu’Aïcha commence sa vie d’adulte et que le royaume s’apprête à basculer dans les années de plomb. En revanche je n’ai pas d’idée de la date de publication. Je veux me laisser le temps d’écrire et de rêver cette suite.

2 commentaires sur “Le pays des autres

  • Reply TT 18 avril 2020 at 9 h 07 min

    Oooh, voilà une lecture qui me tente ! Merci Apolline !

    • Reply Apolline Elter 18 avril 2020 at 10 h 24 min

      Je vous la conseille, chère TT, je certifie que vous l’aimerez ! Et vous embrasse, Apolline

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