Une farouche liberté

« On ne naît pas féministe, on le devient. »

Un excipit qui résonne comme un slogan, comme le fil conducteur de la vie de Gisèle Halimi (1927-2020),  célèbre avocate franco-tunisienne, décédée le  28 juillet dernier ,  quelques semaines seulement  après avoir accordé ce vivifiant entretien  à son amie, la journaliste Annick Cojean (grand reporter au Monde)

Née  à La Goulette  (Tunisie), le 27 juillet 1927; Gisèle Halimi comprend très vite la « malédiction de naître fille », de n’être que fille, dévolue au service de sa fratrie

Ses parents sont aimants, pourtant, mais rapidement dépassés par les événements, le caractère rebelle de leur fille et cette volonté inébranlable d’accéder à l’instruction.

La jeune fille lit – avec une furieuse  boulimie – et gagne Paris où elle décroche deux licences – une de droit, une de philo –  tout en assumant un travail de nuit pour financer ses études.

Munie de son CAPA (certificat d’aptitude à la profession d’avocat)  elle prête serment, décidant de faire du droit l’instrument de conquête de sa liberté et de celle des autres.

Intègre, farouche, téméraire,  elle défend  les grandes causes de l’époque , bouscule l’ordre établi et fait considérablement changer les choses.

Elle lutte ainsi en faveur de l’indépendance de la Tunisie et de l’Algérie, parvient à faire qualifier le viol de crime et répondre de la cour d’Assises, défend le droit à l’avortement d’une mineur de quinze ans, violée, lors du célèbre Procès de Bobigny (1972)…

Avec Simone de Beauvoir, elle fonde l’association   » Choisir la cause des femmes » , en 1971, qui pose les bases de la future dépénalisation de l’avortement.

Députée un court temps de L’Isère,  Gisèle Halimi  refuse de s’inféoder à un parti politique et  revient rapidement au métier d’avocate  et à cette justice « qui a toujours été [sa]façon d’exister

Mère de trois fils, elle célèbre avec conviction le féminisme de son second mari, Claude Faux, avec qui elle a partagé 60 ans de vie et donc de combat.

L’entretien riche, tonique, allègre se conclut d’un appel à la relève, à la vigilance des femmes – le combat est loin d’être achevé – et prend un tour testamentaire avec le récent décès de cette grande Dame

Apolline Elter

Une farouche liberté, Gisèle Halimi, , avec Annick Cojean, Ed. Grasset, août 2020, 160 pp

 

 

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