Le mystère Lagerfeld

  » Derrière la « marionnette » noire et blanche à laquelle le Kaiser de la mode aime à se comparer se cache une histoire complexe, plus subtile, moins tranchée qu’il n’y paraît. »

Ecrit et paru juste avant le décès, le 19 février dernier, du célèbre couturier, l’essai offre une image des plus humaine – et même attachante – d’un personnage qui cultivait tant son paraître que son énigme.

Né en Allemagne, au sein d’une famille aisée, anti-nazie et cultivée, l’enfant est tôt épris de lectures. Il le sera sa vie durant; ce qui fera dire à l’une de ses observatrices, Danielle Cillien-Sabatier. qu’il est « un homme de haute culture plus que de haute couture ».

Attiré par Paris,  le métier de peintre ou de carricaturiste,  le jeune homme y débarque, vingtenaire, vers 1952. Son accent allemand n’est pas précisément un atout pour s’intégrer en une capitale à peine relevée de la guerre. Mais Karl est tenace, perfectionne son français, sa créativité, s’inscrit à un concours de mode dont il sort lauréat, en même temps qu’Yves Saint-Laurent, de deux ans son cadet

S’ensuit une vraie amitié entre les deux jeunes gens;, laquelle prend irrémédiablement fin quand Jacques de Bascher, le compagnon de Karl s’éprend d’Yves Saint-Laurent, aux grands dam et fureur de Pierre Bergé.

Sobre, généreux, aimable, cultivé et secret semblent qualités constantes du créateur.  Il s’abstient de « vampyriser » les marques qu’il représente, telle la maison Chanel et  fait montre d’une rapidité d’idées, d’esprit, hallucinante.

« Un vrai moteur de recherche à lui tout seul : Google avant Google » ».

Passionné par le siècle des Lumières, dévoué à sa mère Elisabeth Lagerfeld, Karl installe cette dernière dans un château breton «  qu’il a rebaptisé Grand-Champ, du nom du village voisin. « Grand-Champ », comme une traduction approximative de Lagerfeld en français. »  Il pourvoit à son confort jusqu’à la fin de sa vie. Agit de même avec Jacques, emporté par le sida en 1989

INtransigeant quand il s’agit de se séparer d’Inès de la Fressange,  son mannequin-fétiche un temps, « incarnation du nouveau Chanel »,  de s’imposer un régime alimentaire qui lui fait perdre 43 kg en 13 mois,  Karl cultive ,gentillesse, mystère et élégance dans  ses comportements. Et puis surtout, il a le  « sens de l’époque »

Une lecture très intéressante.

Apolline Elter

Le mystère Lagerfeld, Laurent Allen-Caron, essai, ed. Fayard, février 2019, 280 pp

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *