Au bout des doigts

« Une semaine déjà que je vis sur ce souvenir, que je hante la gare du Nord aux mêmes heures. »

Perdu dans le désenchantement d’un deuil, d’un couple et d’une carrière qui se délitent, Pierre Geithner dirige le département musique du Conservatoire supérieur de musique de Paris.  L’audition fortuite,  en gare du Nord, d’un Prélude de Bach, exécuté sur le piano mis à la disposition du public ranime  la flamme vacillante de sa vie.

Il n’a de cesse, dès lors, de permettre à   Mathieu Malinski,  banlieusard délinquant de 20 ans,  de donner un sens à la sienne et une éducation musicale à l’oreille absolue dont le jeune prodige est pourvu.

Méfiance, clivage social, autoprotection d’un milieu fermé, … s’érigent en  obstacles immédiats et tenaces  à la réalisation du dessein de Pierre, du destin de Mathieu. D’autant que Pierre vise tout simplement à présenter son poulain au concours du Grand Prix d’excellence, sous l’écolage de l’impitoyable « Comtesse »  et que Mathieu tombe amoureux d’une condisciple très « bourge » prénommée Anna.

Le pré- quinquagénaire vise-t-il à réaliser, par  la procuration d’un talent, prodigieux,  son propre rêve de vie,  bafoué ?

Porté à l’écran, en ce moment, par le trio Lambert Wilson,  Jules Benchetrit et Kristin Scott Thomas, le texte gagne énormément à être saisi de lecture : les chapitres s’alternent qui prêtent subtilement  plumes à des âges, styles, milieux, …. a priori incompatibles.

La tension narrative en est subtilement rendue, déjouant la finale par trop convenue,  qui évoque le mythique Ensemble, c’est tout d’Anna Gavalda (Le Dilettante, 2004)

Vous l’aurez compris, je vous en conseille avant tout la version livresque

Apolline Elter

Au bout des doigts, Gabriel Katz, roman, Ed. Fayard, novembre 2018, 342 pp

 

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