Marguerite Duras

Marguerite DurasPubliée en 1998, deux ans après le décès de la célèbre écrivain, la biographie que consacre Laure Adler à Marguerite Duras éclaire bien des zones troubles d’un parcours complexe. Un portrait de respect et sans doute de sympathie mais dénué de concessions.

La biographe s’était rendue au Viêt Nam, traquant les moindres traces d’un passé que Marguerite Duras s’ingéniait à recomposer, ainsi qu’à L’IMEC (Institut des Mémoires de l’édition contemporaines) où sont consignées des archives laissées par l’écrivain.

 « Je crois que j’ai ajouté à la littérature un auteur nommé Duras » 

 écrit la « dame au col roulé » dans un cahier d’écolier, à la fin de sa vie.

Née  le 4 avril 1914, à Gia Dinh, près de Saigon, alors située en Indochine française, Marguerite Donnadieu   – Duras est un pseudonyme – vivra la majeure partie de son enfance loin de la métropole, au gré des affectations de sa mère, institutrice de formation, par deux fois veuve – Henri Donnadieu décède en 1921 –  femme opiniâtre, âpre au gain et possessive. 

Une enfance assez triste, mal aimée – Marie Donnadieu lui préfère ses deux frères – rapidement livrée à elle-même et à l’appât masculin. Marguerite ne se remettra jamais de sa  relation avec sa mère. Cela explique – peut-être – sa quête continue d’un amour fusionnel – son besoin de reconnaissance et in fine le sentiment auto-proclamé de son génie.

Emancipée avant l’âge, Marguerite Donnadieu arrive à Paris à l’âge de 19 ans,  y étudie l’économie politique et le droit public  – voies plus sûres d’accès à l »écriture que des études de lettres affirmera-t-elle plus tard. 

La guerre 39-45  précipite son mariage avec Robert Antelme, son plus solide partenaire de vie, semble-t-il bien, sa collaboration  un peu contestable …à la commission de contrôle du papier d’édition et son revirement d’esprit en faveur de la résistance, aux côtés de François Mitterand, as Jacques Morland.

Si elle « rate » le prix Goncourt lors de la parution du premier roman qui fait parler d’elle , Un barrage contre le Pacifique (Gallimard 1950) elle l’obtiendra en 1984, pour L’Amant (éd. de Minuit) .

Entretemps, elle multiplie les romans autofictionnels  – sa vie est matière de tous ses écrits – les pièces de théâtre, scenarii de cinéma, réalisation de films …puisant dans ses amours successifs, la naissance d’un fils adoré -Jean Mascolo- , la solitude de résidences d’atmosphère, celle de Neauphle-le-Château en particulier, un engagement politique à gauche et l’ingestion à outrance d’ alcool, la musique d’une écriture singulière.

La publication de Moderato Cantabile l’a rattachée un temps à la mouvance du Nouveau Roman. Elle s’en défendra .

Son dernier amant – Yann Lemée deviendra sous sa plume, « Yann Andréa Steiner », personnage de fiction et d’une vie qui fut somme toute un long roman

Provocante, aimante, engagée, sensuelle,  narcissique, pétillante, morbide, déprimée, méchante, maternelle,  aimant la compagnie, la solitude,  intelligente, imbue, cuisinière… telles sont quelques faces d’une personnalité difficile à cerner, d’un parcours riche, compliqué,  pétri de contradictions et de fragilités,  brillamment tracé par sa biographe.

Il demeure qu’elle est un écrivain majeur du XXe siècle

AE

 Marguerite Duras, biographie, Ed Gallimard 1998,  réed. Folio 3417, 954 pp