Les infréquentables frères Goncourt

« Sitôt les disciples du Grenier partis, perdu dans les volutes de ses longs cigares, Goncourt parachève le grand œuvre de sa vie. En noircissant les noirs cahiers appelés à composer son Journal, le maître d’Auteuil songe au cadeau qu’il lègue à la postérité »

Si ladite postérité n’a retenu d’eux que le prestigieux prix littéraire qui porte leur nom et  le corrosif  Journal qui consigne   observations  et commérages sociologiques  visant toute la seconde moitié du XIXe siècle,  il est bon de découvrir les innombrables facettes de  la vie,  de l’oeuvre d’Edmond  (1822-1896) et Jules  (1830-1870) de Goncourt

En cela, la biographie assez exhaustive  et néanmoins vive, alerte, que Pierre Ménard leur consacre , est édifiante.

Et de se rappeler que la découverte par Emile Zola de leur Germinie Lacerteux – roman  écrit à deux plumes et publié  en 1865 – a fortement influencé le futur père du naturalisme

De découvrir que mis à part la dramaturgie, assortie de petits (et grands) fours,   leur oeuvre  protéiforme connut quelques vrais  succès .. après le décès prématuré de Jules, en 1870

« Jumeaux autoproclamés » malgré une différence d’âge de quelque  huit années,  les frères Goncourt cultivent une vraie misanthropie, assortie d’un sentiment de supériorité  et le paradoxe de nombreuses sorties mondaines

Ils fréquentent les salons, s’allient à la Princesse Mathilde, créent un cénacle littéraire,  nommé Le Grenier.

Leurs -rares –  amis les craignent car leurs faits et gestes se voient consigner , au vitriol,  dans le Journal 

Leur méchanceté produit,  de fait, pour nous lecteurs, un effet avéré de drôlerie tant ils ont la phrase incisive, le verbe assassin ..

Louons leur biographe d’avoir pu décanter leurs qualités et attiser notre curiosité si ce n’est une certaine sympathie..

« Les Goncourt sont comme le vieux vin. L’odeur rance, le goût âcre, les dépôts invitent à passer son chemin. On bute sur leur prétention, leur méchanceté, leurs provocations, leurs effets de manche ratés. Et puis, à force de les fréquenter, on pardonne leurs défauts, on comprend leur extravagance, on apprécie leur compagnie et l’on en vient à les aimer. Décanté, aéré, fondu, le breuvage dégage un singulier bouquet »

 Les infréquentables frères Goncourt, Pierre Ménard, biographie, Ed. Tallandier, janvier 2020, 416 pp

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