« Ils réussissaient à être plus jeunes que riches »
C’est la clef de voûte de cet exquis roman
Célébrant, à sa façon, le cinquantième anniversaire du Loto français et de ses premiers gagnants – un couple de concierges résidant dans l’onzième arrondissement- le 8 septembre 1976, l’autrice analyse avec subtilité les avantages et écueils d’un enrichissement soudain, non « mérité » par le travail
L’identité des gagnants historiques de la somme de 808.052 francs étant très vague, désormais non traçable, Catherine Siguret va leur substituer Suzanne et Juan, un couple très jeune, très amoureux et surtout très pauvre.
Emigré espagnol, Juan a grandi au sein d’une famille aimante, catholique et cadrée de valeurs; ce n’est pas le cas de Suzanne, issue d’une famille aussi précaire que toxique.
Bâti sur un double mensonge, leur amour naissant va s’épanouir, trouver un emploi de concierges dans la loge insalubre d’un immeuble de prestige dans le quatorzième arrondissement et … tenter de résister à la tempête d’émotions, de réactions, de paranoïa, de dépenses boulimiques que suscite la richesse inopinée; affronter les sentiments d’imposture, de honte, de trahison vis-à-vis de leur classe sociale.
Alliée à cette introspection aussi joyeuse que bien ficelée, se dessine le portrait en creux du milieu des années 70, tous événements, références publicitaires, de consommation et d’ambiance à la clef.
Un roman plein de fraîcheur, d’amour, d’idéaux .. bousculés et résistants, soutenu d’une intéressante observation psycho-sociologique
La lecture qu’en opère Fanny Gatibelza est idoine, qui restitue l’accent espagnol de Juan et de sa famille de façon percutante
Apolline Elter
Les amants du loto, Catherine Siguret, roman, Ed. Presses de la Cité, mai 2026; 384 pp; Ed Thélème 13 août 2026; texte intégral lu par . Fanny Gatibelza, durée d’écoute 6h 27 min.

