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Une saison à Téhéran

13 juin 2026

« L’Iran vit en moi comme une histoire d’amour tardive à laquelle rien ne me prédestinait.

Il est des récits dont on a du mal à s’abstraire, tant on s’y est immergé(e) , et encore davantage à chroniquer, tant on a pris de notes. 

Tel est mon dilemme devant cette pépite, ce témoignage de l’intérieur, de la (vraie) vie en Iran, de l’hospitalité des habitants de Téhéran – notamment – , leurs us, rites, religions, savoir-vivre, gastronomie, musique, humour, bavardages, attrait pour la rhinoplastie,  pour les voyages en groupe, les réunions littéraires, incapacité chronique à la ponctualité, …..

« Un cliché persiste : l’Iran ne serait qu’une ruine triste, dangereuse, un repoussoir, un pays qu’il vaut mieux oublier pour le moment, (…) « 

Un cliché que l’autrice s’emploie – magnifiquement – à contester, expériences de vie à l’appui, sans nier pour autant les (seules) « situations sensationnelles » que l’Occident veut retenir de l’actualité.

Accueillie dans une famille amie  – celle d’Azadeh (prénom d’emprunt)-  dans le quartier du Gholhak, Lucie Azema constate avec reconnaissance qu’elle joue « le jeu du végétarisme » pour mieux l’intégrer.

L’Iran – l’ancienne Perse – peut se targuer d’une histoire, d’une culture millénaires et grandioses. Elles nous seront démontrées à travers les lignes  et les siècles lointains, au point qu’Alexandre le Grand se « persianisera » davantage qu’il n’imposera son hellénisme au territoire conquis.

« Le persan a favorisé la naissance et l’élaboration de pensées humaines majeures. »

Une langue que la narratrice tente avec difficulté de maîtriser:

« J’ai beau lui avoir consacré des centaines d’heures, le persan me tient toujours à distance, c’est une langue que je n’arriverai jamais à faire complètement mienne, qui sera toujours ma langue d’emprunt–une proximité sauvage et douloureuse. »

Revenue en Europe – à Bruxelles notamment – l’auteure réalise qu’elle ne pourra jamais s’affranchir de l’Iran, qu’elle demeure habitée par le pays.

« L’Iran est ma nuit la plus longue, la plus éclatante aussi. Ma vie là-bas fut une période d’introspection, de retrouvailles avec moi-même–la plus féconde de mon existence. Je ne m’explique pas mon histoire d’amour, mais je la vis : c’est une expérience véritable. En Iran, j’ai traversé une période marquante de mon existence. Cela appartient à ma réalité. »

Une lecture essentielle

Apolline Elter 

Une saison à Téhéran, Lucie Azema, récit, Ed. Les corps constructeurs, mars 2026, 200 pp – Ed.Theleme, mai 2026, texte intégral lu par Anoushka Rava- durée d’écoute 5 h 10 min.

Billet de faveur

AE : Combien de mois a duré votre « saison » à Téhéran ?

Lucie Azema : Tout dépend du point de départ que l’on choisit pour cette histoire. Un peu plus d’une décennie, dont environ trois années passées à Téhéran. Dans mes lectures et mes rêves, elle a commencé bien plus tôt. Je n’en parlerais toutefois pas au passé : cette saison de ma vie se poursuit encore aujourd’hui, même si elle a pris d’autres formes.

AE :  L’écriture de ce récit rend justice à la réalité des Iraniens, en élargit notre vision par trop réductrice. La guerre que le pays subit en rend la lecture encore plus urgente :

Lucie Azema : La lecture, probablement, mais je laisse les lectrices et les lecteurs le soin d’en juger. L’écriture, en revanche, est devenue une certitude depuis la guerre des Douze Jours de juin 2026 et les événements que le pays a traversés ces dernières années.

AE :  Bruxelles a accueilli (une partie de) l’écriture de ce témoignage.  Quels sont vos liens avec notre pays ?  Y résidez-vous encore actuellement ?

Lucie Azema: Je n’y réside pas à proprement parler, mais j’y suis régulièrement. Je garderai les raisons pour moi : chaque histoire a droit à sa part de mystère.

 

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