En observant la vie de nombreux artistes, on pourrait se demander s’il existe un lien entre le chaos et le génie. Certes, il n’est pas obligatoire de souffrir pour avoir du talent. Mais John Lennon a été abandonné par ses parents ; au moment où il a enfin retrouvé sa mère, elle a été écrasée par un chauffard. À l’adolescence, Pablo Picasso fut traumatisé par la perte de sa petite sœur Conchita, âgée de sept ans seulement. La mère de Charlotte Salomon a sauté par la fenêtre ; celle de René Magritte s’est suicidée en se jetant dans une rivière. Amedeo Modigliani est pratiquement né tuberculeux. Virginia Woolf a été agressée sexuellement par son demi-frère à l’âge de six ans. Charlie Chaplin, lui, a grandi dans la misère, et sa mère a été internée pendant son adolescence. Frida Kahlo a contracté enfant une poliomyélite qui a affecté sa colonne vertébrale et sa jambe droite ; à l’école, tout le monde se moquait d’elle. Ce fut plus ou moins le même destin pour Toulouse-Lautrec. La mère de Madonna est morte quand elle avait cinq ans. Jim Carrey a vécu dans une pauvreté extrême. Marilyn Monroe a été abandonnée par son père et, comme sa mère souffrait de troubles mentaux, elle a enchaîné pas moins de dix familles d’accueil. Léonard de Vinci était un enfant illégitime, fruit d’une liaison entre un riche notaire et une paysanne de quinze ans. Dostoïevski, encore un orphelin de mère, fut élevé par un père alcoolique et violent. Albert Camus a lui perdu son père quand il avait un an. Quant à celui de Kafka, il fut terriblement autoritaire, rabaissant sans cesse son fils. La liste est infinie. Des désastres de l’enfance découle une lumière étrange que l’on porte sur la vie. On écrit, on peint, on joue différemment.
Ains’Incipit le nouveau roman de David Foenkinos dont vous lirez chronique dans les tout prochains jours
Je suis drôle, David Foenkinos, roman, Ed. Gallimard, avril 2026, 192 pp

