Il est des personnalités – supérieures, il s’entend – qui n’éprouvent pas le besoin de se vanter, de se vendre; mais bien celui, essentiel, de transmettre leur expérience de vie.
C’est le cas, vous l’aurez compris, du pianiste Jean-Claude Vanden Eynden, né à Bruxelles, le 26 août 1947.
Attiré très jeune par le piano à queue qui « trône » dans le salon, le bambin de cinq ans, apprend les notes sur les genoux de son père, pianiste de jazz.
La deuxième chance de sa jeune existence est d’intégrer, de 1959 à 1965 – au Conservatoire royal de Bruxellles et à la Chapelle musicale Reine Elisabeth – l’enseignement d’Eduardo del Pueyo (1905-1986) et une discipline qui est une vraie philosophie de vie.
« Là a commencé une relation vraiment magnifique car, au-delà de sa pédagogie, Eduardo del Pueyo était un maître dans tous les sens du terme: un maître pour l’enseignement du piano, un maître pour la musique en général, un maître à penser »
Adepte de la méthode de Marie Jaëll et de sa « conscience du toucher », de son impact sur la sonorité, la perfection du jeu, l‘ « anti-automatisme » le Maître attache une importance majeure aux « doigtés » qu’il travaille ; en chaise basse, avec rigueur et exigence radicales, un « respect scrupuleux du texte du compositeur ». Il milite également pour un usage raisonné de la pédale.
Et c’est ainsi que son jeune élève – il n’a pas 17 ans -se présente au concours Reine Elisabeth en 1964 et y est classé troisième . C’est la dernière édition à laquelle la Reine assista, qui mourut fin de l’année suivante.
Tournées, concerts s’enchaînent dès 1965 – sitôt ses études finies- qui ont pour fil conducteur qualité des prestations, intégrité, rejet des compromissions. La musique de chambre a sa faveur, les récitals aussi.
Il crée en 1977, avec Eduardo del Pueyo, le centre européen des hautes études musicales
Nommé très jeune enseignant – il n’a pas trente ans – Jean-Claude Vanden Eynden met un point d’honneur à adapter sa pédagogie aux élèves, diversifiant de la sorte les modes de transmission de son art et incarnant cet esprit de maître qui lui tient à coeur et qui tend à être désormais supplanté par une diversité de professeurs
« Il y a une différence fondamentale entre un maître et un professeur. Un maître continue à vous enseigner même lorsqu’il n’est plus là. Cela ne veut pas dire qu’il faille être mort pour être un maître, cela signifie qu’après avoir suivi son enseignement, on se souvient de ses propos, de l’idée qui les générait, et, parce qu’on en a intégré le sens, il est alors possible de deviner de nouvelles possibilités »
Et de convaincre le lecteur- et si possible les pouvoirs publics – du bienfait de l’éducation musicale, dès le plus jeune âge, sur le développement du cerveau, des fonctions cognitives.
Un essai qui se profile lui aussi comme un viatique, une oeuvre de transmission.
Apolline Elter
Ma vie de musicien, Souvenirs, réflexions, espoir, Jean-Claude Vanden Eynden, essai, 180 ° éditions, février 2026; 90 pp

