Extrait de La retraite sentimentale, le roman de Colette publié au Mercure de France en 1907, le titre du récit de Véronique Ovaldé, épouse, on ne peut mieux, le destin opprimé, résigné de sa mère, Simone Jouanne, dédicataire des pages.
« Comment a-t-elle fait pour ne pas être dégradée par ces longues années de solitude et de mépris ? »
Mariée à 19 ans à « un garçon au destin saccagé« , la jeune fille sera le bouc émissaire de son mal-être, sa jalousie, sa perversion.
Elle le ménage au lieu de l’affronter et tente de préserver ses deux filles, conçues après dix ans de mariage.
« Elle passe sa vie à écoper et goudronner les brèches dans la cale afin que la famille ne coule pas. C’est une tâche ingrate. Une tâche de soutier. Car si les Petites la chérissent, si elles aiment sa douceur, son indulgence, sa tendresse, elles préféreraient, et de loin, ressembler à leur père. Les enfants peuvent être des animaux cruels. Le Père, fielleux, la surnomme « miss martyre ». »
Creusant avec cette acuité toute ovaldienne que nous chérissons ,ponctuant de ces descriptions et sentences magnétiques que nous épinglons, les événements qui ont émaillé la vie de famille, fait de celle-ci un étau, un carcan, lieu de tension perpétuelle en présence du « Père », de ses diktats et humeurs imprévisibles, la « Petite » analyse leur impact dans sa propre vie et le paradoxe des sentiments qui la lient à sa Mère
« C’est difficile de l’aimer autant et de savoir que j’aurais préféré n’être jamais née là »
Elle se plaît, par moments, à imaginer une rébellion maternelle salvatrice, facteur d’une autre destinée.
« Parfois, elle regarde ses filles avec douceur et elle leur dit « avant je vous ressemblais «
Une lecture subtile et poignante, vivement recommandée.
Apolline Elter
Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, Véronique Ovaldé, récit, Ed. Flammarion, août 2026, 208 pp

