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Habibi Beyrouth

25 avril 2026

« (…) un matin, je me suis réveillée en rêvant que je ne parlais plus l’arabe. »

Un rêve qui enjoint à Amal, la narratrice de ce récit d’exception, de rentrer d’urgence au Liban, son pays paternel, et ce, après une absence de dix-sept ans.

Un retour de quelques mois, à la fin de l’été 2021, la place dans la position précieuse d’observatrice des siens, des événements  constitutifs du Liban, pays aussi complexe que prodigieusement attachant

« Aucune guerre n’a empêché les Libanais de se ruer vers leur pays à la moindre occasion. »

 » (…) Beyrouth est une fête.

« Au Liban, faire la fête est un acte de survie. Quand une rue est ravagée un soir, une autre prend la relève le lendemain à l’aube. »

   Accueillie à bras ouverts par sa mère, Mommy  parfums et fumets de cuisine irrésistibles, à la clef, Amal renoue avec son père, Baba et Salma, sa jeune soeur, désormais maman de MIla, une fillette de bientôt quatre ans.

Rien n’est simple pour autant; la quête d’identité et de nouveaux papiers s’avère des plus ardue.

« Quand je ferme les yeux, j’ai beau lutter, l’esprit dérive. Je viens d’effleurer la douleur de rentrer chez soi, et de s’y retrouver en terre inconnue.

Et la jeune femme de passer en revue les époques douloureuses du Liban, guerre civile, luttes entre (nombreuses) factions autochtones, révoltes, la double explosion du 4 août 2020, dans le port de Beyrouth,  les spectres d’inflation, de coupures récurrentes d’électricité … De se constituer une vocation de photographe des rues- c’est aussi le métier de l’autrice. De tenter de cerner au plus près l’identité d’un « pays [qui] ne se raconte pas! Il se vit » . Et partant, de la sienne.

« Très tôt, j’ai compris que j’allais devoir porter ma maison sur le dos. Depuis, je me suis toujours interdit de m’ancrer où que ce soit. Mais avec les années, cette maison commence à se faire lourde. J’aimerais pouvoir la poser quelque part, le temps de souffler et de reprendre la route plus légère. Tu vois ? »

Le temps d’accepter que tout un passé refoulé revienne à la surface de sa vie et d’exprimer enfin la tendresse qui la lie à sa famille, à son pays, à sa terre, avec ce zeste d’humour et de dialogues toniques,  qui rendent  l’atmosphère, la narration encore plus percutantes.

Une lecture hautement recommandée, en modes visuel et audiolivresque

Coups de coeur et d’âme conjugués.

Apolline Elter

Habibi Beyrouth, Manal Salamé, roman, Ed La Tribu, avril 2026, 320 pp – Ed. Hardigan,  mars 2026 texte intégral lu par Myriam Ajar, durée d’écoute 7h 52 min

 

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