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Une amitié si française

7 février 2026

Par-delà leur différence d’âge et de tempérament – l’enjouée Marie est de huit ans l’aînée de la mélancolique Marie-Madeleine – Mesdames de Sévigné et de La Fayette, ont noué une amitié à vie, loyale, attentive et longue de quelque quarante années.

C’est le focus de l’essai que Jean-Noël Liaut consacre aux deux amies, un essai largement documenté, tellement bienvenu en ce février qui célèbre le quadricentenaire de la naissance, notre chère marquise.

Traçant l’enfance « orpheline [et] comblée » de Marie,  née de Rabutin-Chantal, le jeudi 5 février 1626,  une éducation riche et libre, un mariage tôt conclu par un veuvage définitif – jamais Marie ne se remariera  –  et la naissance de deux enfants, Françoise-Marguerite, sa fille chérie et adulée, et Charles, compagnon tendre et plaisant de ses séjours tant prisés aux Rochers, Jean-Noël Liaut analyse avec brio le génie de la plume rabutine et, partant, son passage à la postérité:  une plume alerte, vivante, inventive, parfaitement divertissante.

  « Car lire ses lettres, c’est entrer de plain-pied dans sa sphère privée, mais aussi dans la chronique de la France d’alors. Loin des codes très formels de la correspondance au XVIIe  siècle, sa plume bousculait, caracolait, s’amusait, palpitait, inventait, pratiquait l’art de la formule lapidaire, se faisait l’équivalent écrit de la voix humaine, une voix d’une vivacité irrésistible. Jamais rien de dogmatique, de terne, de sentencieux ou de solennel dans ses descriptions et ses analyses. Elle informait en divertissant– (…) «

Plus austère mais d’une élégance à tout crin, l’écriture de Marie-Madeleine de La Fayette, autrice alors volontairement anonyme du best-seller La Princesse de Clèves (1678) est d’une modernité remarquable.  La comtesse forma un duo littéraire d’exception et sans doute platonique avec François, Duc de La Rochefoucauld, (1613-1680)  auteur des célèbres Maximes. 

Si Madame de La Fayette ne pouvait se prévaloir de la robuste santé de son aînée Sévigné, il est avéré que les deux amies ont exercé une influence notable sur la langue française.

C’est le propos – passionnant – de l’essai: je vous engage à le découvrir

Apolline Elter

Une amitié si française-Madame de Sévigné, Madame de La Fayette, Jean-Noël Liaut, essai, Ed. Allary, janvier 2026, 256 pp

Billet de faveur

AE : On devine le travail heuristique colossal à la base de votre essai. Cela rend les protagonistes singulièrement vivantes et même présentes. Pouvez-vous nous préciser la genèse de cet essai. Laquelle des deux amies vous a mené à l’autre ?

Jean-Noël Liaut :      » J’ai découvert Marie et Marie-Madeleine à l’adolescence, au même moment. Mon admiration pour leur talent littéraire a toujours été profonde, inconditionnelle et elles ont été pour moi des amies dès cet âge-là. Dans un premier temps, j’ai surtout adoré Mme de Sévigné, dont les lettres sont mon idéal de prose. Mais plus j’ai découvert Mme de La Fayette, plus je me suis attaché à elle. Marie-Madeleine, en plus de son génie littéraire, avait toutes les compétences qui me font défaut : le sens des affaires et des réseaux! Je trouve qu’elles forment un duo irrésistible, leur complicité est un modèle du genre. Elles ont une confiance absolue l’une dans l’autre, se soutiennent de façon inconditionnelle et se stimulent pendant plusieurs décennies. Je suis heureux d’être le premier à avoir exploré cette relation si méconnue entre ces deux plumes légendaires. »

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