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Le Palais

19 septembre 2026

« 

« (…) c’était la langue elle-même qui lui faisait défaut. Elle n’allait pas assez loin pour rendre compte de certaines nuances gustatives, comme si le vin parlait une langue que le français ne faisait qu’ébaucher. » 

C’est précisément ce que je ressens à l’entame de cette chronique. Comment rendre compte de ce chef-d’œuvre qu’est Le Palais, dont les pages, dégustées, chaque jour, à raison d’une demi-heure – pour ne pas l’achever trop vite – m’ont transportée d’enthousiasme.

Je l’affirme. N’en déplaise à certaines mauvaises langues bien chagrines.

Tout y est: connaissances approfondies, descriptions ciselées, métaphores éloquentes, inventives, intrigue bien ficelée, tension narrative, registres de langue qui voyagent allègrement du familier au subjonctif imparfait, humour, auto-dérision, allusions livresques, littéraires, sentences philosophiques ….. c’est une œuvre… absolue à déguster par petites lampées et… sans modération.

L’intrigue:  centré sur un faussaire de génie, escroc des grands crus– la figure d’Arun Kumar évoque à coup sûr celle Rudy Kurniawan –  le roman nous convie au coeur des vignobles bourguignons et des bouteilles d’exception, cibles des plus folles spéculations.

Natif d’Inde et adopté par un couple de restaurateurs de Beaune, Arun développe, dès l’enfance, non seulement un palais mais aussi une mémoire absolus :

« Et par cette double alchimie du palais qui goûte et de l’esprit qui retient, chaque vin descendait en lui, invisible, et rejoignait ce qu’il appelait sa « cave intérieure. »

Ecolé, épaulé par le « père de Margot » et son très convoité Clos des Toucans, rolls des Vosne-Romanée, calqué sur le Cros  Parantoux d’Henri Jayer, Arun découvre progressivement le monde impitoyable de la critique oenologique, l’antre des Vilains Bonshommes, new-yorkais, club, aussi riche que résolûment fermé, d’amateurs de vins d’exception, et ourdit une vengeance dont je vous laisse tout le loisir de découvrir les implications.

Je ne vous en révèle pas davantage

Et vous laisse savourer ce bonheur palatin, gorger votre propre opinion.

Apolline Elter

Le Palais, François-Henri Désérable, roman, Ed. Gallimard, août 2026, 416 pp

Billet de saveur

AE : Par la voix de l’avocate d’Arun, Maître Paola, c’est finalement le génie de la contrefaçon qui est célébré, et la vanité des spéculations

François-Henri Désérable : Me Paola – personnage inspirée par Me Gilletta de Saint Joseph – est une excellente avocate, l’une des meilleures du barreau de Paris. Son client a contrefait des bouteilles : c’est bien normal qu’elle célèbre le génie de la contrefaçon, en minorant son caractère délictuel. Mais la vérité, c’est que rien ne remplace (et rien ne remplacera jamais) l’authentique ! S’il y a un éloge à faire, c’est bien celui de l’authenticité. 

 

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