Lionel Shriver aime s’attaquer aux phénomènes de société – souvenez-vous du terrible Il faut qu’on parle de Kevin USA 2003 – France 2006 (voir chronique sur ce site) et une fois encore, on peut dire qu’elle frappe fort.
Et nous offre une satire des plus savoureuses d’une certaine société américaine et des dérives qui la menace.
En point de mire, le diktat de la Parité mentale qui gangrène gravement les piliers de l’éducation
Pour pourfendre discrimination intellectuelle qui fit tant de dégâts parmi les… discriminés, ll n’est plus question de comparer les intelligences et encore moins d’évaluer les QI. Plus question de faire passer des examens, de qualifier qui que ce soit de bête, stupide ou pire, de c..; tous vocables bannis du vocabulaire et passibles de représailles drastiques pour qui les profère.
Tout le monde est censé avoir une intelligence égale.
Nous sommes en 2011, sous le mandat de Barack Obama – qui n’en prestera qu’un pour les besoins de la fiction.
« Dans très peu de temps, on devra tous s’arrêter de parler »
Née au sein d’une famille de témoins de Jéhovah, Pearson Convers, la narratrice, a fui, mineure, l’oppression de celle-ci, généreusement accueillie dans celle de sa grande amie Emory.
La jeune fille a pu faire des études et intégrer la prestigieuse université Voltaire de Pennsylvanie
Elle vit désormais avec Wade, élagueur de son métier, et le couple élève trois enfants: Darwin, Zanzibar et Lucie, seule enfant biologique de Wade; en effet, pour les aînés, l’ambitieuse Pearson a eu recours au don de spermes – et à un donneur asiatique trié sur le volet des intelligences supérieures. Le résultat fut à la hauteur de l’attente; pour Lucie aussi… nettement plus à l’aise dans le mouvement de la Parité mentale et des délations qu’il encourage.
Indignée, révoltée face au nivellement par le bas qu’entraîne l’idéologie ambiante et imposée, Pearson multiplie les infractions et voit se lézarder l’amitié qui la lie depuis toujours à Emory…
Uchronie?
Pas vraiment. Mais une satire féroce qui pousse à son comble la logique délétère d’une pseudo et bien hypocrite « bienpensance ».
L’exercice est des plus intéressant
Apolline Elter
Hystérie collective, Lionel Shriver, roman traduit de l’anglais (USA) par Catherine Gibert, Ed. Belfond, janvier 2026, 336 pp

