« Cette Europe postale des Tour et Taxis a constitué la première multinationale privée faisant travailler tous les membres d’une même famille, avant celle des Rothschild. Les Tour et Taxis laissèrent leur empreinte dans bien des régions et villes d’Europe, comme à Bruxelles. Une plaque en bronze y commémore la création de ce service postal sur la façade de l’actuel bâtiment du Conservatoire royal de musique, rue de la Régence. L’église Notre-Dame des Victoires au Sablon en est un autre exemple; dix-neuf membres de la famille y sont inhumés à gauche du choeur. L’une des deux chapelles de cette église, la chapelle Sainte-Ursule, a été superbement restaurée et inaugurée fin 2023, en présence du chef de famille Albert Fürst Thurn und Taxis, et de mon fils aîné Dimitri, ainsi que du bourgmestre de la Ville de Bruxelles.
Au centre de Bruxelles, sur la rive droite du canal de Willebrock [ndlr: Willebroek], il existe aussi un quartier réhabilité où se trouvaient une gare de marchandises et un centre douanier au nom de Tour et Taxis, construits sur des terrains ayant appartenu à la famille. Il est devenu un lieu de convergence de l’art, où nombre de manifestations, d’expositions et de salons d’antiquaires ont trouvé leur place avec les années. »
Les Belges, les Bruxellois auront à coup sûr reconnu, dans ces lignes, le célèbre site de Tours et Taxis, merveilleusement restauré, réhabilité, lieu d’élection annuel, notamment, de la Foire du livre de Bruxelles.
L’occasion est idoine de consigner, en ce jour de semaine dévolu à l’épistolaire, l’épopée européenne et princière de la famille Tasso, anoblie dès le Grand Siècle et dont la dynastie a créé le premier service postal européen et en a conservé longtemps le monopole. Une épopée tracée des plumes conjointes de Charles-Alexandre de la Tour et Taxis et de Brigitte Lantz-Sonrel, sa belle-soeur, illustrée de photos de famille, pimentée d’anecdotes qui donnent au lecteur l’impression de savourer un thé impérial, d’infuser cet entre-soi d’un sympathique Gotha où tout le monde est cousin, partage des codes de loyauté, fidélité et donne à l’Europe d’avant- [les] guerres cette atmosphère si particulière.
Un important focus est porté sur Marie Bonaparte (1882-1962), alias « Amama », grand-mère maternelle du narrateur, épouse de Georges, prince de Grèce et de Danemark, nous offrant un portrait tendre et intime de la célèbre psychanalyste, patiente et amie de Freud et prolixe épistolière.
Nous y reviendrons à coup sûr, tant il est vrai que la richesse du témoignage familiale offre de nombreuses ouvertures.
Apolline Elter
C’était une autre Europe- Souvenirs de ma famille, Charles-Alexandre de la Tour et Taxis, Brigitte Lantz-Sonrel, essai, Ed. Flammarion, janvier 2026, 448 pp

