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Mon Imam

17 septembre 2026

  » [l]orsque j’ai découvert à la lecture d’un article qu’on aurait retrouvé son passeport, sa valise et ses vêtements dans une chambre d’un Holiday Inn à Rome, ce jour-là, j’ai compris que j’écrirais sur lui. »

Lui c’est Moussa Sadr (ou Moussa Sader, Musa al-Sadr), né le 4 juin 1928, sorte de Che Guevara, leader charismatique chiite libanais d’origine iranienne. Personnalité de haute stature –  1.98 m – d’ouverture, de dialogue,  d’envergure.

« Ses fidèles le voient comme un demi-dieu. », Jésus voire  » Le Raspoutine du Liban »

Il disparaît le 31 août 1978 après une rencontre avec le colonel Kadhafi (Lybie).

D’aucuns prétendent qu’il a été exécuté, d’autres, qu’il s’est réfugié à Rome.

Il n’en faut pas davantage au romancier pour s’emparer de son histoire – la vraie, son parcours d’avant la disparition, nous tracer, son action, son destin – il fut élève de Khomeiny – mais également imaginer la suite de sa vie, qu’il l’ait poursuivie ou non.

  » Il est en quelque sorte le défricheur, le visionnaire, l’avant-gardiste, celui qui a permis à la révolution iranienne de 1979 d’advenir et au Hezbollah de devenir le Hezbollah. »

Tout en étant plus modéré, pacifiste, plus progressiste que ce dernier.

Le parcours décrit est résolument didactique, qui nous explique les différents courants musulmans, leurs relations, souvent conflictuelles et fait de l’ordre dans les  informations contradictoires qui circulent sur l’imam, les nombreuses enquêtes qui brouillent les pistes. Ce faisant,  le romancier raconte sa propre famille libanaise.

« L’une des seules hypothèses jamais avancées autour de la disparition de l’imam est celle que lui aurait possiblement choisie: disparaître par lui-même. »

Sabyl Ghoussoub la fera sienne, prêtant à son héros une certaine banalité mais aussi  des fantasmes et agissements irrévérencieux

« Un religieux est une personne comme une autre. L’imam aussi. Il bande, il pleure, il rit, il tombe amoureux, il essaie de ne pas tomber amoureux, il doute, il ne doute plus, il se blesse, il tombe malade, il guérit, il mange, il boit, il va aux toilettes, il se douche, il ne se douche pas, il se brosse les dents, parfois très peu, il se parfume, il porte des bagues, il hurle, il meurt, c’est cette normalité-là qui m’a toujours intéressé. »

On lui en laisse la liberté. Une liberté saignée, fortement impactée par la tragédie israélienne  du 7 octobre 2023  et ses répercussions sur le Liban.

Avec en filigranes – et c’est peut-être le message principal – un amour partagé entre toutes les communautés

«  Moi je me sens proche des chiites, des druzes, des sunnites, des maronites, des juifs, des athées, de tout le monde et c’est bien ça mon problème. Je ne parviens jamais à expliquer que j’aime toutes ces communautés avec leurs qualités et leurs défauts, j’aime cette région du monde avec toutes les horreurs qu’elle comporte et même si parfois je suis contre un mouvement, un parti politique ou un autre, je finis toujours par comprendre pourquoi il a existé et je finis par l’accepter tel qu’il est. »

A. Elter

Mon imam,  Sabyl Ghoussoub, roman, Ed. Stock, août 2026, 288 pp- Ed. Audiolib, août 2026, texte integral lu par Jessica Jaouiche, durée d’écoute : 4 h 31 min.

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