« On sait tous qu’on aura un jour des choses difficiles à annoncer à nos enfants, mais pas celle-là. Celle-là sort du cadre de ce que l’on peut imaginer »
Nul besoin de vous présenter Gisèle Pelicot, dont la vie, les quelque cinquante années d’union avec Dominique, ont volé en éclats, à l’automne 2020, lorsqu’elle apprend que son mari l’a fait violer, dix ans durant, par des dizaines d’hommes, recrutés sur la toile, après l’avoir profondément endormie. Une monstruosité qui dépasse l’entendement. Le sien, en premier lieu, celui de ses enfants et beaux-enfants, informés dans l’immédiate foulée.
Si elle partage la répugnance de son entourage face à ces faits hautement sordides, la septuagénaire revendique de ne pas rejeter en bloc, cinquante années qu’elle croyait heureuses. Et de se poser toutes les questions sur l’origine de la perversité, de la double personnalité de son ex-mari et la chronologie de ses premières exactions.
« Sauver un peu de lui, c’était sauver un peu de nous. »
Et de comparer les souvenirs préservés à des pans de murs échappés à un incendie.
Lucidité, sobriété, honnêteté et « formidable pulsion de vie » parcourent le témoignage que nous offre Gisèle Pelicot, aidée de la plume de Judith Perrignon. C’est un acte courageux qu’elle pose là, animée par une sorte de mission, un devoir d’aider les femmes qui subissent peu ou prou la domination et surtout la violence masculines.
Il lui faudra une force colossale pour surmonter instruction, humiliations, insinuations malveillantes, long procès, compassions encombrantes et les dégâts infligés à sa famille. Une famille à laquelle elle reste très attachée, malgré une triste distorsion des liens Une distance suscitée principalement par la crainte que les abus de Dominique aient pris un tour incestueux voire pédophile, ce qui ne semble pas avoir été le cas.
Elle impute sa force vitale à celle qui lui a permis de surmonter l’extrême douleur ressentie lors du décès prématuré de sa maman, début des années soixante. Gisèle a alors neuf ans et se fait la promesse d’être heureuse, coûte que coûte. Et d’aimer, car c’est sa raison de vivre.
Merci Gisèle Pelicot. Vous nous faites grandir.
Apolline Elter
Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot, récit écrit avec Judith Perrignon, Ed. Flammarion, février 2026, 315 pp- Ed. Audiolib, février 2026, texte intégral lu par Odile Cohen- Durée d’écoute 7h39 min

