« Sans jamais le nommer, Léopold et Nannerl pratiquaient un culte: celui de Wolfgang musicien »
Ce n’est pas un scoop: Eric-Emmanuel Schmitt est vitalement, existentiellement épris du génie mozartien.
En 2005, il publiait Ma vie avec Mozart (Ed. Albin Michel) assorti d’un CD aux titres allègrement choisis.
La découverte des Noces de Figaro eut un effet salvateur sur lui, insufflant l’enthousiasme au sens noble, à un moment compliqué de son adolescence, rappelait-il au micro d’Augustin Trapenard et de la formidable séquence de La Grande Librairie du 25 février dernier ( à visionner de toute urgence)
Doté de dispositions exceptionnelles et d’une oreille absolue, le jeune » Wolfi » a, de surcroît, en la personne de son père, un pédagogue accompli, doublé d’un ambitieux impresario.
Compositeur, lui-même, Léopold a la clairvoyance, l’humilité de comprendre très tôt que son fils le surpassera. L’abnégation de subir son ingratitude.
» Un Mozart ne doit jamais être médiocre »
Une sentence que le prodige fait sienne, parcourant l’Europe et une conception fougueuse de la liberté, dût-elle enfreindre la reconnaissance qu’il doit aux siens, à son père, en particulier.
Devenu père à son tour, le célèbre compositeur se réjouit de trouver en son fils Karl… une absence de génie :
« Je l’adore, J’adore Karl! Il me sauve du danger que je redoutais: me transformer en Léopold. »
Et de pouvoir accomplir via la magistrale Flûte enchantée cette portion d’enfance dont il a été privé:
« Trente-cinq ans pour accéder à l’enfance. Trente- cinq ans pour ramener chaque auditeur à l’aube de ses jours. Que la jeunesse se conquiert lentement! Comme elle réclame du temps! Lui n’a pu l’apprivoiser qu’au prix d’une perte irréparable: il aura fallu que ses deux parents aient disparu. »
Un focus assez inédit sur la complexité d’être un génie.
Apollline Elter
Juste après Dieu, il y a Papa, Eric-Emmanuel Schmitt, roman, Ed. Albin Michel, février 2026, 208 pp

