L’ère des suspects

 » Pauvre gamin, il était sorti de la vie comme on sort d’une pièce et personne n’avait l’air triste. »

Le  cadavre de Driss Aslass, un “beur”de dix-sept ans, est découvert le long d’une voie de RER,

L’adolescent provient de la cité de Versières, en banlieue parisienne,  pris à parti et course-poursuite, la veille, par un jeune gardien de la paix

Le sujet est sensible -on s’en doute –   il remonte à Beauvau  et offre prétexte à une multitude de discours, d’interprétations, de manipulations, de désinformations : il ne faudrait pas qu’on croit que la France protège un gardien de la paix contre un ressortissant maghrébin.

Le roman va dès lors  prêter voix aux  factions qui ont avis sur le sujet et surtout veulent le faire entendre: de l’étudiante en droit,  fraîche stagiaire au sein du commissariat de Versières aux plus hautes sphères de l’Etat, les narrateurs vont se succéder,  qui vont dresser, en filigranes, un portrait de la France, sa bien-pensance , ses fausses transparences.   L’on voit ainsi jaillir  un certain rédac’chef de Paris-Scoop …

Et l’on se dit que, décidément,  l’information est bien cadenassée, l’imposture, subtilement déguisée.

A Elter

L’Ere des suspects, Gilles Martin-Chauffier, roman, Éd. Grasset, août 2018, 288 pp

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