« C’est un livre sur nous deux et nos années de survie dans l’univers des religieuses, mais c’est surtout un livre sur vous– parce que nous sommes persuadées que ce que vous traversez en ce moment est déjà arrivé à une nonne des xvie et xviie siècles. »
Confinées dans l’environnement austère et privé de l’Université Providence (Rhode Island – USA), deux jeunes doctorantes, d’origine espagnole, s’immergent, en 2016, dans les univers, quotidiens, tensions et âmes d’une série de carmélites déchaussées et autres religieuses des XVIe et XVIIe siècles. Ce faisant, elles rendent leurs préoccupations, leurs aspirations singulièrement contemporaines.
N’éludant aucun tabou, en ce compris celui de l’homosexualité, les deux fraîches amies, réunies par « leur obsession commune pour les religieuses » et l’octroi d’une bourse parcimonieuse, vont démontrer, force lectures épistolaires à l’appui, combien les mantras qui nous régissent actuellement trouvent leur inspiration dans ceux des couvents de l’époque.
La sentence-ritournelle, « Quel que soit le siècle auquel vous lisez ceci » nous convaincra des mérites et /ou failles de l’amitié féminine, sa solidarité, la pratique du jeûne voire de l' »anorexie sainte« , des lévitations, sorte de fitness avant l’heure, du déploiement de stratégies entrepreneuriales et financières, au sein de couvents et trouveront terrain d’intéressante confrontation avec les périodes de confinements dues au Covid et du télétravail corolaire. Quelques pistes de sadfishing et d’ubiquité pourraient aussi améliorer sensiblement notre quotidien.
Et c’est ainsi que nous côtoierons notamment (la future) Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) et son amie Marie de Saint-Joseph (1548-1603), Anne de Saint-Barthélemy (1549-1626), Sainte Véronique Giulani (1660-1727), clarisse capucine, les sulfureuses Catalina de Ledesma et Inès de Santa Cruz (nées vers 1570), Jeanne des Anges (1602-1665) et même, par exceptions chronologiques, la dominicaine Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) et la bénédictine Hildegarde de Bingen (1098-1179).
Nous nous délecterons même de quelque lecture légère tel Le Livre des Récréations (1585) de Marie de Saint-Joseph qui inspirera aux thésardes la diffusion de podcasts à succès, pétris d’un « mélange irrévérencieux et varié » et à terme, le présent et pétillant essai.
Une « épopée académique » qui sous bien des aspects pratiques de « calvaire quotidien » est hautement instructive. Une sorte de charte revisitée des célèbres « Dix commandements » et de « couvent portatif » all inclusive
Why not?
A noter la très belle prestation de la lectrice Mayte Perea-López et son exquis rendu des noms et extraits étrangers.
Apolline Elter
La sagesse des nonnes. Comment les soeurs du XVIe et du XVIIe siècle nous aident à survivre à notre époque, Ana Garriga et Carmen Urbita, essai traduit de l’anglais par Justine Coquel, Ed. JC Lattès, janvier 2026, 352 pp, Ed. Audiolib, texte intégral lu par Mayte Perea-López. Durée d’écoute : 6h 51 min

