« Pour une raison incompréhensible, une jeune femme qu’il ne connaît pas, qu’il n’avait jamais vue, lui a confié son empreinte numérique dans le vaste monde. »
A savoir les codes d’accès à son téléphone portable.
» A-t-il le droit de faire ça ? D’entrer dans le smartphone de la jeune femme comme dans une pièce interdite? »
Tel est précisément l’enjeu du nouveau roman de Delphine de Vigan:
Un malencontreux- du moins le croit-il – échange de portables précipite Thomas, le narrateur, en une connexion obsessionnelle avec la vie, l’intimité d’une certaine Romane Monnier.
« La mémoire de l’objet est immense, il le sait. Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. »
Et
« Oui, il éprouve un vrai plaisir, avide, transgressif, à entrer ainsi dans la vie de quelqu’un. »
Photos, messages, agenda, répertoire de contacts familiaux, amicaux, amoureux, professionnels …. alimentent l’investigation « surinvestie » de Thomas, entrant en singulière résonnance, si ce n’est confusion, avec son quotidien, sa solitude, ses interrogations existentielles de (presque) quinquagénaire.
Sondant avec son acuité coutumière toutes les faces, interactions et conséquences d’un phénomène de société – en l’occurrence, la dépendance au smartphone et l’illusion d’une reliance sociale accrue – Delphine de Vigan nous interroge sur notre ambition existentielle face à la révolution majeure que constitue cet appendice universel.
« Que veulent vraiment nos téléphones ? »
Et, pourquoi pas:
« Un jour, peut-être, je serai capable d’éteindre mon smartphone, comme s’il n’avait pas encore été inventé »
Voilà qui mérite toute notre attention.
Apolline Elter
Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan, roman, Ed. Gallimard, janvier 2026, 336 pp





































































































































































